• Abus Rituels Et Mind Control

    Extraits d'un article paru dans la revue Nexus en juin-juillet 2007.

    Marc Dutroux

    POINT DE DEPART EUROPEEN

    Tout a commencé par un sentiment d'incrédulité et de malaise lorsque l'affaire Dutroux éclata en Belgique en 1996. La découverte de quatre cadavres de très jeunes filles dans un des terrains situés dans une petite localité industrielle du sud de la Belgique appartenant à Marc Dutroux et le sauvetage en dernière minute de deux autres gamines emmurées vivantes dans sa cave, provoqua un véritable séisme social, politique et judiciaire dans ce petit pays abritant les centres nerveux européens et le QG de l'Otan. Tout le pays, la presse et l'opinion publique étaient divisés en deux camps très marqués et totalement opposés sur l'interprétation à donner à ce scandale : est-ce que l'affaire Dutroux et plus particulièrement le royaume de Belgique étaient le théâtre d'opérations de réseaux organisés et structurés, de préférence internationaux, s'adonnant à la pédophilie, à l'enlèvement et au trafic d'enfants ? Ou bien Dutroux n'est-il qu'un prédateur isolé, un polycriminel psychopathe ? Et donc, les réseaux pédophiles se livrant à des abus ritualisés ne seraient-ils que des légendes urbaines ? C'est cette seconde thèse que la justice belge choisira en fin de compte mais nous n'en sommes pas encore là.

    LES TEMOINS 'X' PARLENT

    Dans l'énergie et la ferveur suscitées par l'arrestation de Dutroux et de ses présumés complices, un certain nombre de témoins souhaitant à toute force conserver l'anonymat, des femmes adultes à une exception près, se présentèrent en ordre dispersé entre 1996 et 1997 devant la gendarmerie. Ces témoins seront baptisés X1, X2, X3 et ainsi de suite (en fait, de X1 à X7 en passant par des ironiques ‘X69' et ‘VM1') suivant leur ordre d'arrivée dans les bureaux des enquêteurs. Le contenu des témoignages de ces femmes allait sidérer les enquêteurs, les magistrats instructeurs et par la suite la presse, car des fuites furent mystérieusement organisées. Les témoignages sont totalement édifiantes et incroyables : ces ‘témoins X' évoquent l'existence de groupes pédophiles bien organisés, composés de gens riches et influents et se livrant à des actes de sadisme d'une cruauté inimaginable, dans certains cas à des meurtres rituels en plus des classiques ‘partouzes' pimentées de drogues. Ces abus semblent être des pratiques héréditaires, faisant partie d'une manière de vivre, d'une idéologie bizarre et peu compréhensible pour le commun des mortels. Leurs activités, dans certains témoignages, ressemblaient plus aux exactions de sociétés secrètes de type satanique quà de simples et classiques pédophiles. Les témoignages de X1 ou de X3 sont très éloquents à cet égard. X1 impliquera, entre autres choses, Dutroux et l'un de ses complices ainsi que sa compagne dans une célèbre affaire de meurtre rituel qui n'avait jamais été solutionnée, à savoir le ‘meurtre de la champignonnière' au c ours duquel le cadavre d'une adolescente, Christine V., sans doute brûlée vive, fut découvert, cloué sur une planche dans les locaux désaffectés d'une ancienne champignonnière d'une commune de l'Est de Bruxelles. Au départ, les enquêteurs étaient partis sur l'hypothèse d'un meurtre rituel perpétré par un groupe de marginaux, de squatters et de punks gothiques à tendance satanique. Mais cette piste n'aboutit finalement pas. Pour X1, Christine avait été victime de tortures sexuelles et d'un assassinat ritualisé perpétré par plusieurs personnes dont des accusés du procès Dutroux .

    DES RECITS IMPLIQUANT LE GRATIN BELGE

    Le témoignage de X3 est encore plus intriguant et incroyable. Cette femme d'un certain âge raconte avoir été témoin de faits absolument abominables : des meurtres d'enfants et de bébés, des partouzes invraisemblables dans lesquelles se seraient retrouvés ce que la Belgique compte de plus important : membres de la famille royale et de la Cour, industriels, magistrats, haut gradés des forces de l'ordre. Ceux-ci se livraient aux pires perversités : pédophilie, sadomasochisme, cannibalisme, zoophilie, coprophagie etc. Des chasses aux enfants, qui se soldent toujours par la mort des petits, étaient ourdies dans les parcs d'opulentes propriétés où sont organisées ces parties fines. Ces faits ne concernent en rien le dossier Dutroux puisqu'ils remontent au début des années soixante, une période pendant laquelle Dutroux n'était qu'un enfant.

    Comme de nombreux collègues, j'ai eu entre les mains pendant quelques jours les procès-verbaux d'audition de certains témoins X grâce à des sources bien placées. Ces PV frappés du secret de l'instruction mais sans doute trop gênants pour des enquêteurs qui ne savaient pas quoi en faire, circulaient discrètement entre les mains de plusieurs journalistes spécialisés dans le judiciaire au cours de ces années 96-97 . X3, âgée d'une cinquantaine d'années à l'époque de ces dénonciations, est bien vue et introduite dans le milieu de l'aide à l'enfance. Elle se décide à témoigner suite à la manière dont le témoignage de X1 fut traitée, c'est-à-dire sans accorder à ce dossier une once de crédibilité. X1 deviendra même la risée du pays et sera mise en pièces par la plupart des médias. X3 écrit au Ministre de la Justice pour faire part de son « étonnement de la facilité avec laquelle on a conclu, après la clôture des dossiers X1, qu'il n'y avait pas d'abus d'enfants organisé en Belgique… Comment voulez-vous, dans les circonstances actuelles, que d'autres victimes parlent ? » X3 raconte dans le détail comment ses parents abusaient d'elle, l'emmenaient à des ‘soirées' dans des villas cossues. Elle a vu un garçon de huit ans se faire torturer de façon effroyable, l'apothéose de la soirée consistant à lui couper les parties génitales pour ensuite les poser sur son ventre. Même l'enterrement de l'enfant a été entouré d'une sorte de cérémonie. Elle parle d'un château entouré d'un parc où des enfants attendaient leur tour, enfermés dans des cachots. Dans la tourelle du château, il y avait une sorte d'exposition de cadavres d'enfants à divers stades de décomposition. Le groupe de personnes étaient toujours le même, environ une cinquantaine dont peu de gens qu'elle reconnaissait. Ici les soirées ne se terminaient jamais sans morts. Des notables chassaient avec des Dobermans des enfants nus lâchés dans le parc. « J'ai aussi dû manger de la chair humaine, des doigts d'enfants servis dans de la gelée. »

    DES TEMOIGNAGES INCROYABLES

    La partie la plus ‘incroyable' des procès-verbaux concerne les détails relatifs aux comportements sadiques et vraiment bizarres de membres de la famille royale belge qui auraient participé à certaines de ces soirées. Le témoin insiste particulièrement sur le côté sado-masochiste d'une de ces hautes personnalités qui prenait un vif plaisir à torturer et violer une enfant pour ensuite vomir et entrer dans une transe punitive faite de culpabilité et d'auto-flagellation. Les dénonciations d'une possible implication de membres de la famille royale sont tellement embarrassantes, certains des gendarmes sont tellement mal à l'aise, qu'il existera deux versions des auditions de X3, l'une avec les dénonciations contre ces VIP royaux et l'autre sans. Quoi qu'il en soit, des fuites seront organisées et toute la presse judiciaire est mise au courant de ces faits qui se répandent comme une mauvaise rumeur, contaminant les dossiers de tous les autres témoins X ainsi que le dossier Dutroux. Cette implication du Palais fut rétrospectivement la meilleure méthode pour semer le trouble et le discrédit sur l'ensemble des dossiers X. Personne ne pouvait et ne voulait croire en ces témoins qui impliquaient la Cour. Or, seule X3 qui, de plus, parle de faits bien antérieurs à Dutroux, dénonce la famille royale.

    Par la suite, c'est non seulement les dossiers X relatifs au réseau mais également le dossier Dutroux qui sera fragilisé. Et la Belgique coupée en deux entre croyants et sceptiques. C'est d'ailleurs l'un des problèmes majeurs de ces affaires d'abus rituels et de réseaux structurés : celui de la crédibilité des témoins et de la fiabilité de leur mémoire. Nous y reviendrons.

    UNE INSTRUMENTALISATION DU SATANISME

    Tous ces abus sont ritualisés, mais peut-on parler de satanisme pur et dur ? Selon les témoins des dossiers X, non : X1, X2, et X3 ont décrit des faits horribles mais n'ont jamais parlé de satanisme sauf en termes de mises en scène destinées à terroriser les enfants et à les décrédibiliser si d'aventure ils osaient raconter ce qui leur était arrivé. Ce distinguo entre mise en scène et authentique rituel démontre que nombre de présumés groupes d'abuseurs ne sont pas ‘satanistes' mais se servent de ces mises en scène pour diverses raisons, la plus importante étant que plus le traumatisme infligé à l'enfant est profond, plus celui-ci est soumis. Nous verrons que cette instrumentalisation du satanisme et de son décorum joue un rôle non négligeable dans le sujet du Mind Control et dans les dossiers américains. Mais nous n'y sommes pas encore. Restons en Europe. Voici un autre exemple édifiant sans doute d'un authentique cercle d'abuseurs rituels à tendance satanique.

    L'ENQUETE FANTOME DE FR 3

    Fin 1999 ou en mars 2003, Elise Lucet présente à une heure tardive dans le cadre d'une émission de la rédaction nationale de France 3 un reportage intitulé ‘Viols d'Enfants : La Fin du Siloence ?' Cette enquête journalistique qui a duré près d'un an et demi dénonce les agissements d'un réseau pédophile d'abus rituels à tendance satanique qui opère en France. Pourquoi un tel flou sur la date de diffusion ? Parce que France 3, que j'ai contacté à de multiples reprises par mail et par téléphone, ne trouve aucune trace dans ses archives de ce documentaire qui existe portant et dont je possède une copie. C'est comme si cette enquête n'avait jamais existé ni été diffusée. Pas moyen non plus d'entrer en contact avec Elise Lucet sur ce sujet. Selon certaines rumeurs, une magistrate qui est intervenue dans l'enquête aurait été limogée et mise au placard dès le lendemain de la diffusion de l'émission.

    Quels sont les faits dénoncés par cette enquête approfondie ? Il s'agit du drame vécu par trois enfants, Pierre, âgé de 5 ans et Marie, sa sœur, âgée de 8 ans, de nationalité française, ainsi qu'une petite fille originaire de Suisse, Sylvie, qui ne connaît absolument pas Pierre ou Marie mais qui a été abusée par le même réseau comme le démontrera l'enquête de police. Les premiers faits concernant Pierre et Marie remontent à 1994. Les enfants, lors de leurs auditions puis devant la journaliste qui les entendra, racontent que les abus se déroulaient lorsque leur père exerçait son droit de visite et emmenait ses enfants dans des cérémonies très étranges. Marie évoque avec ses mots d'enfant avoir été emmenée dans les caves d'un grand hôtel parisien et raconte les horreurs qu'elle a vécues en ces termes : « Ils mettaient parfois des aiguilles autour de nos yeux et ils nous attachaient sur une table et ils nous frappaient et nous violaient. Le grand chef, il portait une robe blanche avec des bords dorés avec un triangle et il disait qu'il était un grand mage et qu'il s'appelait Boucnoubour. Ils faisaient des prières puis ils violaient les enfants. Ils nous endormaient aussi avec des espèces de bouillies, ils nous attachaient et ils nous frappaient et avec les aiguilles, ils voulaient nous faire croire qu'ils allaient nous crever les yeux. » Pierre raconte exactement la même histoire. Selon ces deux témoignages, des enfants de nationalité étrangère sont mis à mort, et les faits se dérouleraient dans une sorte de cave. « Ils tuaient les enfants », affirme Pierre dans un PV à un gendarme qui l'interroge. « C'était des petits enfants qui étaient un peu arabes et des choses comme ça et puis, ils leur coupent la tête. « C'est la vérité, ou cela aurait pu être un film ? » demande l'enquêteur. « Non ? C'était pour de vrai. Après, on s'évanouissait et puis, ils disaient qu'ils allaient nous couper la tête aussi et qu'ils nous mettraient sur la table aussi, dans le sang. On avait très peur et on croyait qu'on était morts. » Les petites victimes racontent que les têtes des enfants tués étaient placées au bout de piques qui ornaient la salle principale des rituels.

    Le père des enfants sera placé sur écoute, des écoutes dans lesquelles, à demi-mot, le père reconnaît auprès d'une amie se livrer à des transgressions sexuelles inimaginables. Ces mêmes écoutes permettent de mettre en évidence les membres du réseau. Huit personnes seront ainsi interrogées : un couple de kinés, un pilote de ligne, un conseiller en communication, un enseignant, une décoratrice de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux. En Suisse, l'enquête met en lumière l'existence d'une autre victime, la petite Sylvie, qui raconte les mêmes horreurs, alors qu'elle ne connaît pas Marie et Pierre. Un pédopsychiatre suit les enfants et conclut à la crédibilité de leurs témoignages en ces termes : « Face à des éléments aussi précis et surprenants, j'ai tendance à croire que rien n'est inventé. Les souvenirs sont en mille morceaux et c'est avec beaucoup de difficultés et d'émotions que ces souvenirs reviennent. Les magistrats ont beaucoup de mal avec ces enfants parce qu'ils cherchent un scénario, une histoire complète, mais ce n'est pas possible car la mémoire est en miettes. »

    LA MEMOIRE SACCAGEE

    Cette destruction de la mémoire est fondamentale. Elle est provoquée par les traumatismes profonds dont les victimes sont l'objet et comme nous le verrons dans le cadre du Mind Control, c'est justement cette instrumentalisation du traumatisme qui est employée pour déstructurer et saccager la mémoire, la conscience et la personnalité d'une victime. Elle sera atteinte de ce que les psychiatres américains nomment ‘le syndrome de personnalité multiple' (MPD) ou le ‘trouble (‘disorder') d'identité dissociée'' (DID) dans leur manuel statistique et diagnostique de psychiatrie. Ce syndrome désigne, chez une personne qui en est affligée, sa capacité d'entrer dans une sorte de transe au cours de laquelle elle est totalement dissociée de son état de conscience normale pour entrer dans un état de conscience altéré et être comme possédée par une autre personnalité. Ce syndrome de personnalité multiple s'avère par ailleurs être le Graal, la clef de voûte des recherches des psychiatres de la CIA ayant travaillé dans le cadre de l'opération MK Ultra. Nous y reviendrons.

    Mais reprenons l'affaire de Marie et Pierre. En octobre 1996, l'affaire est prise en main par la brigade de protection des mineurs de Paris. Les enquêteurs, après avoir entendu les enfants avec brutalité en les confrontant à leur père, finissent par conclure qu'il n'ya rien à trouver sur cette affaire. La juge d'instruction rejette les demandes de compléments d'enquête en 1999 parce qu'il apparaît « inimaginable que dans le cadre de ces groupements, il puisse y avoir, ainsi que le déclare Marie des têtes d'enfants qui brûlent au bout de pics, des mains d'enfants coupées et des bocaux sur une table contenant des mains d'enfants. » Les témoignages des victimes sont complètement discrédités, la justice finit par conclure qu'il s'agit de fausses allégations survenues dans le cadre d'un divorce. En mai 1999, le droit de visite du père des enfants est rétabli et la mère est contrainte de se mettre hors la loi et de quitter le territoire français pour mettre les enfants à l'abri. Enfin, selon un spécialiste qui a disséqué les témoignages des enfants, il ne s'agit pas d'un groupe satanique dit ‘classique' mais bien « d'un réseau soucoupiste de magie sexuelle », une secte élitiste qui vénère des entités venues d'une autre planète. La justice n'a, apparemment, à l'époque de l'instruction puis de l'enregistrement de ce reportage, donné aucune suite judiciaire à ce dossier.

    UN PHENOMENE 'DISCRET' EN EUROPE

    En Europe, les réseaux pédophiles se livrant à des abus rituels de même que les groupes sataniques, ne se font pas remarquer, ils ne défraient pas la chronique mais ce n'est pas pour autant que le phénomène est rarissime ou n'existe pas. On peut en perce voir l'existence de façon épisodique au détour de certaines enquêtes et certains procès comme l'affaire Roche-Alègre qui a semé malaise et confusion dans le sud de la France. Mais comme un sentiment d'incrédulité s'empare en général des enquêteurs et de la presse, il est rare que l'on pousse plus loin les investigations. D'autant plus que certains dérapages comme l'affaire d'Outreau où des innocents ont vu leur vie dévastée suite à des accusations mensongères d'enfants victimes d'abus perpétrés par leurs parents, ont refroidi les ardeurs et donné plus de poids aux arguments des sceptiques.

    Il n'existe aucune statistique, aucune étude en Europe pour que l'on puisse se faire la moindre idée de l'ampleur du phénomène. En Italie, il y a bien eu un essai de quantification fort imprécis :ainsi, en 1998, le Ministre de l'Intérieur Mancino a déclaré publiquement que, au cours des deux dernières années, deux mille mineurs avaient été entendus dans le cadre d'affaires de ce genre, chiffre plutôt élevé qu'aucune institution n'a pu expliquer. Les sièges locaux de la police qui ont fourni ces statistiques sont seuls à connaître parfois le contenu des accusations portées par ces mineurs.

    Toujours en 1998, le Ministre italien de l'Intérieur a publié une circulaire officielle intitulée ‘Sectes religieuses et nouveaux mouvements de magie en Italie' ; il s'agit là de l'unique document fourni par l'Etat italien concernant les nouveaux ou anciens mouvements religieux, de magie, fausses églises, églises de complaisance, psycho-sectes dont l'illégalité est constituée par la déstructuration physico-mentale de leurs victimes et les dégâts causés à leurs adeptes.

    Dominique Cellura, un journaliste français qui avait consacré, il y a déjà un certain nombre d'années, un livre sur les abus perpétrés par les sectes sataniques (‘Les Cultes de L'Enfer', Editions Spengler, 1993), s'était entretenu avec un enquêteur de la Brigade de Protection des Mineurs de Paris. Cellura affirme au sujet de cette source : « Selon eux, des crimes sexuels liés à l'occulte sont commis en France aujourd'hui. Le problème, c'est que personne, même à la Criminelle, n'est vraiment au courant de ces pratiques. Alors, elles n'apparaissent pas systématiquement dans les procédures. On se fonde sur les faits sans s'attarder sur le fond. Par habitude aussi, on cherche une explication rationnelle à un crime dont le mobile n'est aucunement rationnel, et l'enquête s'oriente dans d'autres directions. » C'est ce besoin de rationalité, cette forme de déni face à l'impensable qui fait que le phénomène des abus rituels n'est finalement pas repéré et pris en compte dans les statistiques et recherches en criminologie.

    UN MAL ETENDU

    Après avoir pris connaissance des témoignages des dossiers 'X' mais aussi de certaines autres affaires, j'étais partagé entre le rejet complet, l'incrédulité et le besoin d'en savoir plus, de donner un sens à ce qui m'apparaissait comme une aberration. En 1997, en pleine affaire Dutroux, comme je n'étais pas supposé avoir pu consulter ces procès-verbaux, il était impossible de les exploiter d'une façon journalistique. De plus, les priorités des rédactions étaient autres. J'ai donc rangé dans un coin de ma mémoire ces étranges affaires d'abus rituels à tendance pédophile jusqu'au moment où je suis tombé sur les dossiers américains alors que j'effectuais des recherches sur l'histoire des programmes de contrôle du comportement perpétrés par la CIA. De fil en aiguille, j'ai découvert ou redécouvert dans le paysage médiatique américain le phénomène du Mind Control (contrôle de l'esprit et du comportement) lié au syndrome de personnalité multiple et surtout, un des aboutissements connexes de ces expériences abusives de Mind Control, les témoignages des victimes d'abus rituels et sadiques (ou sataniques), des témoignages ressemblant presque trait pour trait à ce que racontaient les témoins 'X' belges. A partir de ce moment-là, à partir de l'instant où je me suis plongé dans les inextricables intrigues relatives aux programmes de la CIA sur le contrôle du comportement par les drogues, la torture, les abus sexuels et le traumatisme en général, je ne pouvais plus faire marche arrière. J'avais mis le doigt sur le point sensible, la zone obsessionnelle, celle qui montrait que le mal était plus étendu que l'on osait se l'avouer : il existait certaines catégories d'individus de par le monde qui exerçaient leur pouvoir en se livrant à des pratiques impensables, incroyables, inacceptables et qui avaient toutes les chances de ne pas être prises au sérieux.

    LES LIENS BELGIQUE-AMERIQUE

    Certes, les liens entre les dossiers belges et les dossiers américains étaient ténus, mais il y avit un début d'explication, une démonstration selon laquelle, oui effectivement, des êtres humains étaient capables de telles monstruosités sur des enfants au premier chef mais également sur des adultes. De plus, en ce qui concerne les Etats-Unis, il ne s'agissait pas de cas isolés, de quelques rares témoins dont l'histoire absurde nous plonge dans l'incrédulité, mais bien plutôt d'une multitude de témoins qui n'ont trouvé pour seule solution que l'anonymat relatif de leurs thérapeutes. La situation européenne demeure, elle, plus floue et ambigüe, mais ce n'est pas parce que les victimes ne se signalent pas qu'elles n'existent pas. Il ne s'agissait plus d'une poignée de témoignages isolés mais d'une véritable pandémie. Les victimes américaines regroupées en d'innombrables associations racontaient à peu près les mêmes horreurs que les témoins européens avec une dimension supplémentaire : l'intervention dans certains cas de psychiatres et de scientifiques qui participaient aux tortures et semblaient suivre un programme précis d'expériences et 'mesurer' l'intensité des traumatismes. Les abus et le contexte sectaire, religieux et rituel étaient instrumentalisés pour mieux impressionner les victimes et manipuler les comportements. Les témoins, pour la plupart des femmes adultes, racontent toutes avoir vécu une enfance martyre dans laquelle leur proche, souvent la figure paternelle, vendait, prêtait, louait leur fille à des structures organisées, des groupements tantôt à connotation rituelle ou religieuse, tantôt à connotation militaire, parfois les deux. Les abus se déroulaient même dans certains cas sur des bases militaires. A la différence des cas européens d'abus rituels, les dossiers des victimes américaines étaient donc épicés d'une forte dose de manipulations psychiques émanant, selon les victimes, leurs thérapeutes et certains journalistes, de groupes occultes liés à ce que l'on nomme le cartel militaro-industriel, ou encore le 'Shadow Government', le gouvernement de l'ombre. Pour bien comprendre le comment et le pourquoi de cette implication, il faut se plonger un instant dans l'histoire des programmes de Mind Control et leurs véritables buts.

    UNE BREVE HISTOIRE DU MIND CONTROL, DE 'MK ULTRA' A 'OFTEN' ET 'MONARCH'

    En pleine seconde guerre mondiale, la CIA et les militaires américains n'auront en fin de compte qu'une seule obsession : comprendre comment le cerveau d'un homme fonctionne et surtout, comment en influencer le comportement. Les buts sont simples : mettre au point un sérum de vérité pour faire avouer des agents ennemis ainsi qu'un protocole pour créer ce que l'on peut considérer comme un super agent et, pourquoi pas, un super soldat ? Aux yeux des services secrets de l'époque, qu'était un super agent ? L'agent idéal était, et est sans doute encore, un être humain capable de remplir une mission sans être détecté. Pour ne pas être détecté, le mieux est que l'agent ignore qu'il en est un, bref, qu'il remplisse sa mission, quelle qu'elle soit - du transport de messages secrets à l'assassinat - sans en avoir conscience. Est-ce de la science fiction ? Pas du tout. A partir de 1943, de premières recherches sont tentées avec un mélange d'hypnose et de drogues, et ce avec un certain succès. En gros, on délivre un message, on confie une tâche à un homme placé sous hypnose à Washington. On l'envoie par exemple au Japon ou aux Philippines et un officier reçoit le messager, lui divulgue un mot code qui déverrouille sa mémoire. L'homme se place automatiquement en état de transe et délivre son message. Par la suite, un autre mot code le replace en état de conscience normal et le messager ne se souvient de rien, n'a absolument aucune conscience d'avoir été employé comme courrier. Mieux encore, des expériences sont faites pour intercepter le messager : il est drogué, torturé, hypnotisé, désorienté. Rien n'y fait, le messager reste étanche, à moins de connaître la procédure et les mots clés pour le réveiller.

    Les expériences portant sur ce type de programmes vont s'intensifier et se sophistiquer alors que la guerre froide aiguise la concurrence et la paranoïa entre les Etats-Unis et le bloc de l'Est. La CIA, créée en 1947, lance toute une série de programmes de recherches dirigés par des scientifiques et des psychiatres, avec le concours de certaines universités. Ces programmes seront successivement baptisés Artichoke, Bluebird, MK Ultra puis MK Search, Often etc. L'agence tente de mettre au point des assassins sous contrôle appelés 'Manchurian Candidates'. Mais surtout, au fil de ces recherches, qui ne sont pas couronnées de succès parce que le résultat est trop imprévisible, l'agence se rend compte que la meilleure façon de vfaaire entrer une personne en transe ets de la soumettre à des traumatismes majeurs. Après l'usage de drogues puissantes et diverses (surtout le LSD, la mescaline mais aussi un mélange d'amphétamines et de barbituriques) et d'hypnoses, les psychiatres soumettent leur cobayes à des électrochocs, de l'isolation sensorielle et même des abus sexuels. Les cobayes sont soumis à de véritables séances de torture. C'est dans ce contexte que l'on découvre qu'il existe -toute une série de victimesqui ont été abusées et torturées par des gens ou des organisations travaillant dans le cadre sans doute de MK Ultra alors qu'ils étaient enfants. Et c'est dans les années 90 surtout que ces témoignages font surface. La très grande majorité de ces victimes sont des femmes. Nombreuses sont celles qui ont donné un nom à cette opération et à ces abus, qui tiennent autant des expériences de Mind Control que des abus rituels : l'opération Monarch, qui semble désigner aussi bien les expériences, les abus que l'organisation, cette dernière étant davantage une nébuleuse qu'autre chose. Mais attention, aucun document déclassifié de la CIA ne mentionne l'existence de cette opération Monarch, alors que les termes MK Ultra, Bluebird, MK Search, Artichoke sont des nomenclatures que l'on retrouve fréquemment au détour des mémos de l'agence.

    Une association américaine spécialisée dans l'aide ou plutôt l'entraide de victimes d'abus rituels et de Mind Control - 'From The Inside Out' - fournit des chiffres purement indicatifs sur cette proportion majoritaire de femmes dans le cadre de Monarch : parce qu'elles possèdent une plus grande tolérance à la douleur et une plus grande aisance à se dissocier que les hommes, plus de 75% des victimes sont des femmes. Les sujets sont employés principalement dans le cadre d'opérations clandestins, la prostitution et la pornographie. L'implication dans l'industrie du divertissement est notable. Une majorité des victimes/rescapées proviennent de familles où les abus sataniques sont héréditaires (lignées sanguines sataniques) et "sont programmées ostensiblement pour poursuivre leur destinée en tant qu'élu ou que génération élue" (From the Inside Out : http://home.mchsi.com/~ftio/ra-stats.htm). Cette notion de 'génération choisie' et d'élus semble de première importance dans l'idéologie qui accompagne le fonctionnement de ces groupes et réseaux occultes. C'est du moins les valeurs qui sont inculquées à ces victimes, valeurs selon lesquelles elles font partie des élus qui prendront le pouvoir au moment de l'arrivée de l'Antichrist. Cette thématique, aussi bizarre et loufoque nous paraît-elle, est malgré tout un leitmotif qui revient dans le témoignage de nombreuses victimes.

    UN POINT COMMUN : LA DISSOCIATION

    Les thérapeutes et psychiatres qui sont venus en aide aux victimes d'abus rituels aux Etats-Unis ont donc constaté que ces victimes présentent une même caractéristique, la tendance à se dissocier, à présenter ce que l'on appelle le syndrome de personnalité multiple. Et c'est bien là le but recherché autant par les programmeurs en Mind Control que les abuseurs, membre de réseaux d'abus rituels : obtenir par le biais du traumatisme que la personne abusée soit victime du syndrome de personnalité multiple. Selon la bible de la psychiatrie américaine, le DSM-IV ou 'Manuel statistique et diagnostique', ce syndrome d'identité dissociée se caractérise par les traits suivants : la présence de deux ou plus d'états de personnalité distincts. Au moins deux de ces identités ou états identitaires prennent le contrôle du comportement de la personne ; l'incapacité de la personne de se souvenir d'informations personnelles importantes, une incapacité qui est trop importante pour être expliquée par un simple oubli ; ce désordre n'est pas causé par des effets physiologiques directs ou par une substance ou un état de santé général (voir DSM IV, p 487). En d'autres termes, cet état de conscience totalement étrange et qui est méconnu en Europe ne peut être provoqué que par un traumatisme profond. Des actes de torture et d'abus rituels profonds et répétés dès la plus petite enfance génèrent au premier chef un véritable lavage de cerveau, un 'blank state', une sorte de table rase de la conscience.

    DE MULTIPLES SOUS-PERSONNALITES CHEZ LES VICTIMES

    La victime, pour faire face aux traumatismes, va complètement modifier le fonctionnement de sa mémoire. La personnalité principale va éclater et se fragmenter en de multiples sous-personnalités qui prendront le relais pour gérer la douleur et les souvenirs. Lors de cette phase, si des opérations de conditionnement des comportements sont mis en place, les personnalités qui émergeront seront alors totalement compartimentées, étanches les unes par rapport aux autres. Chaque personnalité recevra une mission, un type de tâche à effectuer. Au sein d'un même sujet adulte peuvent cohabiter la personnalité d'une mère de famille, d'une prostituée, d'une enfant de dix ans, d'un assassin psychopathe, d'un courrier qui passe de la drogue ou des messages etc. Toutes ces combinaisons et ces personnalités sont possibles et peuvent être créées. Le plus étonnant est qu'une analyse graphologique de l'écriture d'un même sujet lorsqu'il rédige une lettre sous l'emprise de tel ou tel état dissocié révèle de véritables personnalités distinctes. Le phénomène peut être si impressionnant que l'on parle même de possession dans certains cas. Et de nombreux cas sont rapportés par les thérapeutes selon lesquels des dizaines, voire des centaines de sous-personnalités possédant leur propre mémoire, leur propre façon de raisonner, de ressentir le monde, sont ainsi programmées. Un nombre élevé de sous-personnalités ou 'alter' empêche, en théorie, à la victime de comprendre ce qui lui arrive au cas où certaines choses lui reviendraient en mémoire. De plus, si une victime est interrogée ou si elle subit une thérapie, une telle profusion égarera le thérapeute qui voudrait déprogrammer la victime. Enfin, un certain nombre de personnalités ont été programmées avec des injonctions pour commettre des actes d'autodestruction, d'automutilation et de suicide si des thérapeutes tentaient de soigner ces personnes. On a également pu constater dans certains cas que certaines personnalités avaient été programmées pour tuer le thérapeute. Pour bien prendre conscience de l'emprise de ce type de syndrome, la personnalité centrale de l'individu n'est en aucun cas consciente de son état et ne se souvient pas des actes qu'elle a pu commettre lorsqu'elle était en état de transe dissociative. Pour ceux que le sujet intéresse, il existe un nombre considérable d'ouvrages en anglais rédigés pour la plupart par des spécialistes de la santé mentale ou par des anciennes victimes. Le syndrome MPD pourrait faire l'objet d'un dossier à lui seul tant il est complexe, de grande ampleur et abondamment documenté. Aux Etats-Unis, les personnes victimes d'abus rituels sont pratiquement toujours affligées d'un syndrome de personnalités multiples, ce qui tend à montrer que les abuseurs ont des connaissances basiques des techniques de programmation du comportement. Mais surtout, il y a tout un pan de l'histoire de la CIA qui a flirté avec les recherches dans l'occulte, les sectes, voire la démonologie.

    LA CIA ET L'OCCULTE

    A la fin des années soixante, MK-Ultra et ses expériences portant sur le Mind Control ne se révèlent pas aussi fructueuses que ce que l'on attendait. Du moins, ce que le Dr Gottlieb, le psychiatre chef de projet de MK-Ultra ainsi qu'Alain Dulles et ses successeurs en espéraient. Il faut travailler sur un nouvel axe de recherches, différent du simple emploi de l'hypnose et des drogues pour fabriquer des sérums de vérité, des super-soldats et des espions indétectables, c'est-à-dire des espions qui s'ignorent. On lance donc une nouvelle opération, 'Often'. Avant toute chose, Gottlieb voulait que les gens de l'agence qui allaient travailler dans le cadre d'Often pénètrent dans le monde de la magie noire et maîtrisent les forces de l'obscur. Par conséquence, l'agence entrera en contact avec les milliers de sorciers et de sorcières de la Wicca, la plus importante association de sorcellerie et de rituels magiques. Elle comptabilisera qu'il existait sur le sol américain "quatre cents assemblées de sorcières animées par cinq mille sorcières ou sorciers initiés ... un marché florissant et des usines qui produisaient un éventail de plus en plus varié d'articles et d'objets antichrétiens. Satan n'était pas sulement en vie, mais florissant dans le pays" ironise le journaliste Gordon Thomas ('Les Armes Secrètes de la CIA', Nouveau Monde Editions, 2006.)


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